Non au FMI, oui à la Banque mondiale: la grande ambiguïté financière de l’Etat tunisien

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Lamari, Moktar
E4T


En Tunisie, le discours officiel sur les institutions de Bretton Woods relève désormais de l’acrobatie politique. D’un côté, le gouvernement claque la porte du Fonds monétaire international (FMI), vilipendé comme symbole d’ingérence, d’austérité et de diktat néocolonial. De l’autre, il déroule le tapis rouge à la Banque mondiale, sa cousine germaine, issue du même acte de naissance, des mêmes logiques financières, et des mêmes conditionnalités — simplement mieux emballées.

Cherchez l’erreur.




Aux yeux de l’opinion publique, le message est pourtant clair : le FMI serait le mal absolu, la Banque mondiale une partenaire bienveillante, adorablement adulée. Or cette distinction est intellectuellement malhonnête et politiquement dangereuse. Car derrière la rhétorique, les faits sont têtus : la Banque mondiale et le FMI sont deux bras d’un même corps, conçus à Bretton Woods pour encadrer, financer et discipliner les économies fragiles.

Le rejet théâtral du FMI

Le FMI a le tort d’être frontal. Il parle cash. Il exige des réformes macroéconomiques visibles, mesurables, politiquement coûteuses : réforme des subventions, masse salariale publique, restructuration des entreprises publiques, discipline budgétaire.

En refusant le FMI, le gouvernement tunisien cherche avant tout à éviter l’impopularité, à préserver une narration souverainiste et à repousser des décisions qu’il sait explosives socialement.

Mais refuser le FMI ne signifie pas refuser les contraintes. Cela signifie simplement changer de messager.

La Banque mondiale, c’est le « FMI en costume civil » ?

La Banque mondiale, elle, avance masquée. Elle ne parle pas d’austérité, mais de “réformes structurelles”. Elle ne conditionne pas, elle “accompagne”. Elle ne tranche pas, elle “diagnostique”.

Le langage est plus feutré, les rapports plus longs, les conférences plus consensuelles. Mais l’essence est la même : rationalisation de l’État, ciblage des subventions, restructuration du secteur public, ouverture accrue au marché.

C’est pourquoi la Tunisie ouvre grandes ses portes à la Banque mondiale. Elle permet au pouvoir de dire non au FMI tout en acceptant, dans les faits, une grande partie de son agenda. Une austérité par petits pas, diluée dans des projets sectoriels, fragmentée entre ministères, rendue moins visible politiquement.

Un représentant-résident omniprésent

Le symbole le plus frappant de ce double langage est la place accordée au représentant-résident de la Banque mondiale pour le Maghreb, basé au Maroc. Il est reçu partout. Ministères, institutions publiques, secteurs stratégiques : énergie, agriculture, eau, numérique, protection sociale, gouvernance, climat. Sa présence est systématiquement médiatisée, valorisée, mise en scène.

À croire que la Banque mondiale est devenue un quasi-ministère transversal, consulté sur tout, écouté sur tout, impliqué partout. Pendant que le discours officiel vilipende les “recettes étrangères”, l’État tunisien externalise sa réflexion stratégique à une institution internationale.

Les Tunisiens ne sont pas dupes. Ils voient bien que ce rejet du FMI est sélectif. Ce n’est pas un rejet du modèle de Bretton Woods, mais un rejet de sa version la plus contraignante politiquement.

Un souverainisme à géométrie variable

Le paradoxe est saisissant. Le gouvernement invoque la souveraineté pour refuser un programme FMI, mais accepte sans broncher que la Banque mondiale structure les politiques publiques, conditionne des financements à des réformes précises, et impose ses grilles d’analyse. La souveraineté devient un slogan, non un principe.

En réalité, le pouvoir tunisien préfère la Banque mondiale parce qu’elle ne déclenche pas immédiatement la colère sociale, parce que ses conditionnalités sont étalées dans le temps, et parce qu’elles permettent de financer l’État sans affrontement direct avec l’opinion publique.

Une fuite en avant dangereuse

Ce jeu est risqué. Car la Banque mondiale ne remplace pas le FMI. Elle ne refinance pas un État en crise de balance des paiements. Elle ne rassure pas les marchés. Elle ne protège pas contre un choc de liquidité. Elle finance des projets, pas une solvabilité macroéconomique.

En croyant contourner le FMI, la Tunisie retarde l’inévitable, tout en accumulant des engagements, des réformes implicites et une dépendance croissante à une technocratie extérieure. Le pire des deux mondes : ni la clarté brutale du FMI, ni la stabilité financière qu’il peut offrir, mais une lente érosion de la crédibilité économique.

Un « mensonge politique » ?

Au fond, le double langage du gouvernement tunisien est un mensonge politique. Dire non au FMI pour dire oui à la Banque mondiale, ce n’est pas une alternative. C’est une pirouette.

Une façon de gagner du temps, d’éviter les mots qui fâchent, et de faire semblant de protéger la souveraineté tout en la négociant en coulisses.

Les Tunisiens méritent mieux qu’un jeu de dupes. Ils ont droit à la vérité : la Banque mondiale n’est pas l’anti-FMI. Elle en est le miroir poli. Et tant que ce double discours perdurera, la crise de confiance — économique, politique et sociale — ne fera que s’aggraver.

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