Tunisie : l’alerte froide de Moody’s – l’agence a finalisé vendredi son rapport, le compte à rebours a commencé
Lamari Moktar,
E4T
Le 20 février 2026, dans un communiqué sobre de 4 minutes de lecture, publié à Paris, Moody’s Ratings
a complété son rapport périodique d’évaluation sur la cote de crédit et la performance économique de la Tunisie. Aucune action de notation n’a été annoncée. Aucun changement officiel. Mais derrière cette stabilité apparente, les chiffres et les mots choisis dessinent un paysage d’une gravité redoutable.
Le rapport, présenté par Raphaele Auberty, assistante vice-présidente et analyste, est le fruit d’un comité de notation tenu le 12 février 2026. Ce document n’est pas une sanction. Il est plus inquiétant : un avertissement méthodique.
Une économie sous respiration contrôlée
Moody’s rappelle que le profil de crédit de la Tunisie reste contraint par :
• un espace budgétaire limité,
• des obstacles structurels freinant la croissance à moyen terme,
• des contraintes persistantes d’accès au financement externe.
Certes, les réserves en devises de la Banque centrale ont montré une « résilience ». Elles atteignent 3,5 mois d’importations en décembre 2025. Les investissements directs étrangers (IDE) ont augmenté de 30 % en 2025. Le déficit courant reste contenu à 2,5 % du PIB (contre 1,6 % en 2024).
Mais ces signaux positifs sont contrebalancés par une réalité plus sombre :
👉 Le déficit budgétaire remonte à 6,0 % du PIB en 2026, contre 5,1 % estimé en 2025.
👉 La consolidation budgétaire marque une pause.
👉 Les dépenses publiques augmentent, tirées par la masse salariale et le lancement du Plan national de développement 2026-2030.
En clair : la respiration externe tient, mais l’organisme interne reste fragile.
Une architecture de notation préoccupante
Moody’s attribue :
• Force économique : “ba3”, revue à la baisse par rapport au score initial “ba2”, en raison des obstacles structurels à la création d’emplois, à l’investissement privé et à l’attractivité étrangère.
• Gouvernance et institutions : “b2”, soulignant les difficultés persistantes dans la mise en œuvre des réformes.
• Force budgétaire : “caa1”, reflet d’une détérioration des finances publiques sur la dernière décennie.
• Risque d’événement : “b”, alimenté par le risque politique, la vulnérabilité externe et la liquidité gouvernementale.
• Score ESG : CIS-4, indiquant un impact négatif significatif des facteurs sociaux et de gouvernance.
Le score final se situe entre B3 et Caa2. Nous sommes dans les profondeurs du segment spéculatif. Ce n’est pas une crise ouverte. C’est une vulnérabilité installée.
Le piège silencieux de la dette
Moody’s souligne un élément crucial : la dépendance persistante au financement monétaire et la contrainte d’accès aux marchés extérieurs demeurent des fragilités majeures. La perspective reste « stable ». Mais stable ne signifie pas solide. Stable signifie : pas encore dégradé.
Une amélioration serait conditionnée par :
• des réformes structurelles crédibles,
• une consolidation budgétaire accélérée,
• un meilleur accès au financement externe à des coûts maîtrisés.
À l’inverse, une pression sur les réserves de change ou un élargissement des déséquilibres budgétaires entraînerait une dégradation. La Tunisie avance sur une ligne de crête.
Ce que les élites doivent comprendre
Le message implicite de Moody’s est limpide :
La Tunisie ne manque pas de ressources humaines. Elle manque d’efficacité institutionnelle et de transformation structurelle.
Le rapport évoque explicitement :
• le frein à la croissance tiré par les rigidités structurelles,
• la difficulté à créer des emplois,
• la faiblesse de l’investissement privé,
• l’émigration et la fuite des cerveaux.
Autrement dit : le problème n’est plus conjoncturel. Il est systémique.
L’illusion de la résilience
Oui, les réserves tiennent. Oui, les IDE progressent. Oui, le déficit courant reste historiquement modéré.
Mais la vraie question est ailleurs :
Peut-on durablement financer un État à 6 % de déficit, avec une structure de dépenses rigide, une masse salariale croissante et un accès limité aux marchés ?
Moody’s ne dramatise pas. Elle constate. Et ce constat devrait inquiéter.
Un avertissement sans bruit
Ce communiqué du 20 février 2026 ne fait pas les manchettes. Il ne contient aucune sanction spectaculaire.
Mais il contient quelque chose de plus lourd :
une confirmation que la Tunisie reste classée dans la catégorie des signatures à haut risque, avec des marges de manœuvre étroites.
L’équation est simple :
• Sans réforme → stagnation prolongée.
• Sans consolidation → pression sur la dette.
• Sans accès au financement externe → risque de tension de liquidité.
Moody’s laisse une porte ouverte. Mais elle prévient : la trajectoire actuelle n’est pas auto-correctrice.
Le moment de vérité
La Tunisie dispose encore d’un filet de sécurité :
des réserves de change, un soutien international résiduel, une base productive qui peut être modernisée.
Mais le temps n’est plus un allié.
Ce rapport n’est pas une condamnation. C’est un ultimatum silencieux. La stabilité actuelle n’est qu’un sursis.
Aux autorités, aux décideurs économiques, aux élites administratives et politiques : la question n’est plus de préserver la note. La question est de reconstruire la crédibilité.
Car la prochaine évaluation ne jugera pas les intentions.
Elle jugera les résultats.
E4T
Le 20 février 2026, dans un communiqué sobre de 4 minutes de lecture, publié à Paris, Moody’s Ratings
a complété son rapport périodique d’évaluation sur la cote de crédit et la performance économique de la Tunisie. Aucune action de notation n’a été annoncée. Aucun changement officiel. Mais derrière cette stabilité apparente, les chiffres et les mots choisis dessinent un paysage d’une gravité redoutable.Le rapport, présenté par Raphaele Auberty, assistante vice-présidente et analyste, est le fruit d’un comité de notation tenu le 12 février 2026. Ce document n’est pas une sanction. Il est plus inquiétant : un avertissement méthodique.
Une économie sous respiration contrôlée
Moody’s rappelle que le profil de crédit de la Tunisie reste contraint par :• un espace budgétaire limité,
• des obstacles structurels freinant la croissance à moyen terme,
• des contraintes persistantes d’accès au financement externe.
Certes, les réserves en devises de la Banque centrale ont montré une « résilience ». Elles atteignent 3,5 mois d’importations en décembre 2025. Les investissements directs étrangers (IDE) ont augmenté de 30 % en 2025. Le déficit courant reste contenu à 2,5 % du PIB (contre 1,6 % en 2024).
Mais ces signaux positifs sont contrebalancés par une réalité plus sombre :
👉 Le déficit budgétaire remonte à 6,0 % du PIB en 2026, contre 5,1 % estimé en 2025.
👉 La consolidation budgétaire marque une pause.
👉 Les dépenses publiques augmentent, tirées par la masse salariale et le lancement du Plan national de développement 2026-2030.
En clair : la respiration externe tient, mais l’organisme interne reste fragile.
Une architecture de notation préoccupante
Moody’s attribue :• Force économique : “ba3”, revue à la baisse par rapport au score initial “ba2”, en raison des obstacles structurels à la création d’emplois, à l’investissement privé et à l’attractivité étrangère.
• Gouvernance et institutions : “b2”, soulignant les difficultés persistantes dans la mise en œuvre des réformes.
• Force budgétaire : “caa1”, reflet d’une détérioration des finances publiques sur la dernière décennie.
• Risque d’événement : “b”, alimenté par le risque politique, la vulnérabilité externe et la liquidité gouvernementale.
• Score ESG : CIS-4, indiquant un impact négatif significatif des facteurs sociaux et de gouvernance.
Le score final se situe entre B3 et Caa2. Nous sommes dans les profondeurs du segment spéculatif. Ce n’est pas une crise ouverte. C’est une vulnérabilité installée.
Le piège silencieux de la dette
Moody’s souligne un élément crucial : la dépendance persistante au financement monétaire et la contrainte d’accès aux marchés extérieurs demeurent des fragilités majeures. La perspective reste « stable ». Mais stable ne signifie pas solide. Stable signifie : pas encore dégradé.Une amélioration serait conditionnée par :
• des réformes structurelles crédibles,
• une consolidation budgétaire accélérée,
• un meilleur accès au financement externe à des coûts maîtrisés.
À l’inverse, une pression sur les réserves de change ou un élargissement des déséquilibres budgétaires entraînerait une dégradation. La Tunisie avance sur une ligne de crête.
Ce que les élites doivent comprendre
Le message implicite de Moody’s est limpide :La Tunisie ne manque pas de ressources humaines. Elle manque d’efficacité institutionnelle et de transformation structurelle.
Le rapport évoque explicitement :
• le frein à la croissance tiré par les rigidités structurelles,
• la difficulté à créer des emplois,
• la faiblesse de l’investissement privé,
• l’émigration et la fuite des cerveaux.
Autrement dit : le problème n’est plus conjoncturel. Il est systémique.
L’illusion de la résilience
Oui, les réserves tiennent. Oui, les IDE progressent. Oui, le déficit courant reste historiquement modéré.Mais la vraie question est ailleurs :
Peut-on durablement financer un État à 6 % de déficit, avec une structure de dépenses rigide, une masse salariale croissante et un accès limité aux marchés ?
Moody’s ne dramatise pas. Elle constate. Et ce constat devrait inquiéter.
Un avertissement sans bruit
Ce communiqué du 20 février 2026 ne fait pas les manchettes. Il ne contient aucune sanction spectaculaire.Mais il contient quelque chose de plus lourd :
une confirmation que la Tunisie reste classée dans la catégorie des signatures à haut risque, avec des marges de manœuvre étroites.
L’équation est simple :
• Sans réforme → stagnation prolongée.
• Sans consolidation → pression sur la dette.
• Sans accès au financement externe → risque de tension de liquidité.
Moody’s laisse une porte ouverte. Mais elle prévient : la trajectoire actuelle n’est pas auto-correctrice.
Le moment de vérité
La Tunisie dispose encore d’un filet de sécurité :des réserves de change, un soutien international résiduel, une base productive qui peut être modernisée.
Mais le temps n’est plus un allié.
Ce rapport n’est pas une condamnation. C’est un ultimatum silencieux. La stabilité actuelle n’est qu’un sursis.
Aux autorités, aux décideurs économiques, aux élites administratives et politiques : la question n’est plus de préserver la note. La question est de reconstruire la crédibilité.
Car la prochaine évaluation ne jugera pas les intentions.
Elle jugera les résultats.






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