Tunisie : Fitch confirme une notée B-, une économie ni morte, ni vivante… juste sous perfusion
Lamari, Moktar
Economics for Tunisia, E4T
Bonne nouvelle ? Ou simplement une lueur d’espoir. Hier Fitch a confirmé la note B-
. Oui, « Oumek Sannafa » est plutôt clémente et ajoute une couche. On vous fait une lecture de ce communiqué
(ignoré par les médias et journalistes du Bled).
La Tunisie vient une nouvelle fois d’échapper à l’avis de décès. Fitch Ratings, l’une des grandes agences de notation que les États redoutent plus que leurs peuples, a décidé le 28 janvier 2026 de maintenir la note souveraine du pays à B-.
Une note qui ressemble à un bulletin scolaire d’élève dissipé : peut mieux faire, mais refuse obstinément de travailler.
Ce n’est pas une bonne nouvelle. Ce n’est même pas une mauvaise nouvelle. C’est une confirmation : l’économie tunisienne avance sur un fil, sans filet, au-dessus du vide.
Pour les lecteurs non initiés, rappelons l’essentiel. Une note souveraine mesure la capacité d’un État à rembourser ses dettes. Autrement dit, c’est la réponse froide et mathématique à une question simple : si je prête de l’argent à ce pays, vais-je le revoir un jour ?
Avec B-, Fitch répond : peut-être, inchallah, mais priez fort. On est très loin des pays solides, et dangereusement proche de la zone où les défauts de paiement cessent d’être des hypothèses pour devenir des scénarios.
Cette fois, Fitch ajoute un ingrédient nouveau au diagnostic : une note de récupération RR4. Traduction brutale : en cas de défaut, les créanciers récupéreront une partie de leur argent, mais sans certitude, sans garantie claire, sans actif évident à saisir. Autrement dit, pas de trésor caché, pas de matelas de réserves miraculeuses. Juste des promesses, des négociations, et une file d’attente devant un Trésor public exsangue.
Ce maintien à B- n’est pas une récompense. C’est un sursis. Fitch explique que la Tunisie n’a pas sombré uniquement parce qu’elle a évité le choc frontal : pas de défaut officiel, pas d’explosion brutale, mais une lente dégradation faite de décrets, de reports et de bricolages budgétaires. L’économie tunisienne ne court plus, elle se traîne.
Là où Fitch se montre sévère — et lucide — c’est sur la gouvernance. Instabilité politique chronique, affaiblissement de l’État de droit, institutions sous tension, corruption perçue comme structurelle : la Tunisie hérite d’un score ESG pénalisant.
Selon les indicateurs de la Banque mondiale, le pays se situe autour du 36ᵉ percentile mondial. Suffisamment bas pour décourager les investisseurs sérieux et fatiguer les créanciers patients.
Le vrai problème n’est plus seulement économique. Il est politique et institutionnel. Le message est limpide : on ne croit plus aux promesses, ni aux calendriers de réformes, ni aux annonces. Chaque plan est présenté comme décisif, chaque année ressemble à la précédente.
Les risques sont clairement identifiés : déficits publics, dette, réserves en devises, dinar. Si ces indicateurs se détériorent, la prochaine étape sera une dégradation pure et simple vers la catégorie que les marchés évitent.
Fitch laisse pourtant une porte de sortie : réduire durablement les déficits, restaurer une crédibilité politique, appliquer des réformes impopulaires, stabiliser les finances extérieures. En résumé : faire ce qui est repoussé depuis plus d’une décennie. Le problème n’est pas l’ignorance, mais la volonté.
Pendant ce temps, la population subit : inflation rampante, services publics dégradés, pouvoir d’achat laminé, horizon bouché. Les agences notent, les gouvernements communiquent, mais la réalité demeure : une économie sous perfusion et un avenir sous condition.
Les 3 chiffres qui en disent long
B- – Niveau hautement spéculatif, risque réel de défaut.
RR4 – Récupération partielle seulement pour les créanciers.
Gouvernance (Banque mondiale) : 36ᵉ percentile mondial – Instabilité politique et institutions fragilisées.
La Tunisie n’est ni en faillite économique, ni miraculée. Elle est dans cet entre-deux inconfortable : debout par inertie, surveillée par les agences, tolérée par les marchés, mais désertée par la confiance. Fitch a parlé. Le compte à rebours continue.
Economics for Tunisia, E4T
Bonne nouvelle ? Ou simplement une lueur d’espoir. Hier Fitch a confirmé la note B-
. Oui, « Oumek Sannafa » est plutôt clémente et ajoute une couche. On vous fait une lecture de ce communiqué
(ignoré par les médias et journalistes du Bled).La Tunisie vient une nouvelle fois d’échapper à l’avis de décès. Fitch Ratings, l’une des grandes agences de notation que les États redoutent plus que leurs peuples, a décidé le 28 janvier 2026 de maintenir la note souveraine du pays à B-.
Une note qui ressemble à un bulletin scolaire d’élève dissipé : peut mieux faire, mais refuse obstinément de travailler.
Ce n’est pas une bonne nouvelle. Ce n’est même pas une mauvaise nouvelle. C’est une confirmation : l’économie tunisienne avance sur un fil, sans filet, au-dessus du vide.
Pour les lecteurs non initiés, rappelons l’essentiel. Une note souveraine mesure la capacité d’un État à rembourser ses dettes. Autrement dit, c’est la réponse froide et mathématique à une question simple : si je prête de l’argent à ce pays, vais-je le revoir un jour ?
Avec B-, Fitch répond : peut-être, inchallah, mais priez fort. On est très loin des pays solides, et dangereusement proche de la zone où les défauts de paiement cessent d’être des hypothèses pour devenir des scénarios.
Cette fois, Fitch ajoute un ingrédient nouveau au diagnostic : une note de récupération RR4. Traduction brutale : en cas de défaut, les créanciers récupéreront une partie de leur argent, mais sans certitude, sans garantie claire, sans actif évident à saisir. Autrement dit, pas de trésor caché, pas de matelas de réserves miraculeuses. Juste des promesses, des négociations, et une file d’attente devant un Trésor public exsangue.
Ce maintien à B- n’est pas une récompense. C’est un sursis. Fitch explique que la Tunisie n’a pas sombré uniquement parce qu’elle a évité le choc frontal : pas de défaut officiel, pas d’explosion brutale, mais une lente dégradation faite de décrets, de reports et de bricolages budgétaires. L’économie tunisienne ne court plus, elle se traîne.
Là où Fitch se montre sévère — et lucide — c’est sur la gouvernance. Instabilité politique chronique, affaiblissement de l’État de droit, institutions sous tension, corruption perçue comme structurelle : la Tunisie hérite d’un score ESG pénalisant.
Selon les indicateurs de la Banque mondiale, le pays se situe autour du 36ᵉ percentile mondial. Suffisamment bas pour décourager les investisseurs sérieux et fatiguer les créanciers patients.
Le vrai problème n’est plus seulement économique. Il est politique et institutionnel. Le message est limpide : on ne croit plus aux promesses, ni aux calendriers de réformes, ni aux annonces. Chaque plan est présenté comme décisif, chaque année ressemble à la précédente.
Les risques sont clairement identifiés : déficits publics, dette, réserves en devises, dinar. Si ces indicateurs se détériorent, la prochaine étape sera une dégradation pure et simple vers la catégorie que les marchés évitent.
Fitch laisse pourtant une porte de sortie : réduire durablement les déficits, restaurer une crédibilité politique, appliquer des réformes impopulaires, stabiliser les finances extérieures. En résumé : faire ce qui est repoussé depuis plus d’une décennie. Le problème n’est pas l’ignorance, mais la volonté.
Pendant ce temps, la population subit : inflation rampante, services publics dégradés, pouvoir d’achat laminé, horizon bouché. Les agences notent, les gouvernements communiquent, mais la réalité demeure : une économie sous perfusion et un avenir sous condition.
Les 3 chiffres qui en disent long
B- – Niveau hautement spéculatif, risque réel de défaut.RR4 – Récupération partielle seulement pour les créanciers.
Gouvernance (Banque mondiale) : 36ᵉ percentile mondial – Instabilité politique et institutions fragilisées.
La Tunisie n’est ni en faillite économique, ni miraculée. Elle est dans cet entre-deux inconfortable : debout par inertie, surveillée par les agences, tolérée par les marchés, mais désertée par la confiance. Fitch a parlé. Le compte à rebours continue.






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