Tabagisme au Maghreb : prévenir, accompagner et adapter les politiques aux nouvelles réalités
À l’occasion de la Journée mondiale sans tabac, la plateforme médicale Med.TN a réuni à Tunis des experts venus de Tunisie, d’Algérie et de Libye autour d’une conférence de presse consacrée aux dynamiques du tabagisme au Maghreb. Modérée par Hassen Hameli, la rencontre a pris la forme d’un échange scientifique régional structuré autour d’un constat partagé : la lutte contre le tabac ne peut plus reposer sur des politiques fragmentées, alors même que les déterminants du tabagisme dépassent largement les frontières nationales.
Dès l’ouverture des débats, les chiffres ont rappelé l’ampleur du phénomène. À l’échelle mondiale, le tabac est responsable d’environ huit millions de décès par an, parmi plus de 1,3 milliard de fumeurs, dont près de 80 % dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. Au Maghreb, les experts alertent sur une tendance particulièrement préoccupante : une initiation de plus en plus précoce, parfois avant l’âge de dix ans, et une banalisation sociale encore fortement ancrée.
En Algérie, la professeure Souad Bouaoud, épidémiologiste hospitalo-universitaire, a rappelé que près de 25 % des élèves âgés de 11 à 19 ans consomment du tabac, avec une prévalence qui atteint environ 9 % dans l’enseignement supérieur. Elle souligne également une réalité souvent sous-estimée : la consommation chez les professionnels de santé, estimée autour de 18 %, révélant la profondeur de l’addiction au sein même des systèmes de soins.
Dans ce contexte, la question des leviers de régulation économique a occupé une place centrale. Le docteur Dhaker Lhidheb, cardiologue et ancien professeur à la faculté de médecine de Tunis, a insisté sur l’efficacité démontrée de la fiscalité comme outil de réduction de la consommation, tout en soulignant ses limites lorsqu’elle est appliquée de manière isolée. « L’augmentation du prix du tabac est l’un des leviers les plus efficaces, mais son impact est rapidement neutralisé lorsque les politiques ne sont pas harmonisées entre les pays », a-t-il rappelé, en référence aux écarts de taxation entre la Tunisie, l’Algérie et la Libye, qui alimentent des phénomènes de contrebande régionale.
Pour la professeure Bouaoud, l’enjeu dépasse toutefois la seule logique fiscale. Elle rappelle qu’un investissement dans la prévention produit un effet multiplicateur considérable : « Un dollar investi dans la prévention permet d’économiser jusqu’à cent dollars dans la prise en charge des maladies cardiovasculaires et respiratoires. » Un constat qui replace la lutte antitabac au cœur des arbitrages économiques des politiques publiques.
Au-delà des outils classiques de prévention, une partie des échanges a porté sur les trajectoires internationales et les enseignements qu’elles peuvent offrir, sans pour autant être transposées mécaniquement. La Suède a ainsi été citée comme exemple d’une baisse significative du tabagisme allant à un taux de -5%, reposant sur une combinaison de politiques strictes, de prévention et d’accès à des alternatives nicotiniques tels que les sachets de nicotine. Le Japon, de son côté, illustre une mutation progressive des comportements vers des produits sans combustion comme le tabac chauffé introduit au pays depuis 2014 et accompagnant une transformation sociale plus qu’une rupture brutale. Le Royaume-Uni a été évoqué comme un cas d’intégration assumée de la réduction des risques dans sa stratégie de santé publique. En effet le pays, utilise la cigarette électronique comme un outil de sevrage encadré tout en interdisant son accès aux jeunes et allant jusqu’à imposer une mesure d’interdiction de vente aux personnes nées après 2008. Dans ce contexte et répondant à une question d’une journaliste, Dhaker Lahidheb a déclaré « : Le vapotage (cigarette électronique) contient de la nicotine et présente un risque inférieur d’environ 90 % à celui du tabagisme classique. Le patient retrouve une meilleure capacité respiratoire et peut recommencer à marcher. Après une intervention, qu’il s’agisse de la pose d’un stent ou d’une autre procédure cardiaque, je demande au patient de marcher. Lorsqu’il continue à fumer des cigarettes classiques, il lui est difficile de faire un effort physique. En passant à la cigarette électronique, il peut au moins reprendre une activité physique. L’effort physique augmente l’activité, améliore la condition générale et permet de dépenser de l’énergie. Le patient peut monter les escaliers, faire ses courses et accomplir davantage d’activités. Personnellement, je recommande jusqu’à 30 minutes de marche par jour.
Ainsi, le passage du tabagisme classique à la cigarette électronique peut être utile après une opération cardiaque, mais à condition qu’il s’agisse d’une étape transitoire et non pas d’une solution définitive. L’objectif final reste l’arrêt complet du tabac. »
Ces expériences ont alimenté un débat scientifique structurant au sein de la conférence : celui de la distinction entre prévention, sevrage et réduction des risques. Plusieurs experts ont insisté sur la nécessité de ne pas confondre ces approches, tout en reconnaissant leur complémentarité potentielle. Dans les échanges, une idée s’est imposée : si l’objectif prioritaire reste l’arrêt total du tabac, certaines réalités cliniques imposent une approche graduée, notamment pour les fumeurs fortement dépendants.
Le docteur Hassan Mesrati, pneumologue libyen, a toutefois rappelé les limites structurelles des modèles internationaux dans le contexte maghrébin. « Les politiques de santé publique ne peuvent être importées telles quelles. Elles doivent être adaptées aux réalités institutionnelles, économiques et culturelles de chaque pays », a-t-il souligné, évoquant notamment les contraintes liées aux difficultés d’application des réglementations existantes dans son pays.
Cette adaptation est d’autant plus cruciale que l’environnement informationnel et commercial évolue rapidement. Plusieurs intervenants ont alerté sur l’influence croissante des stratégies numériques de l’industrie du tabac, notamment via les réseaux sociaux, où les jeunes publics constituent une cible privilégiée. Une dynamique qui impose, selon les experts, une modernisation urgente des dispositifs de prévention.
Sur le terrain de l’accès aux soins, un autre constat a émergé avec force : la connaissance du risque ne suffit pas à produire un changement de comportement. Plus de 95 % des fumeurs reconnaissent les dangers du tabac, mais une large majorité déclare ne pas disposer de moyens concrets pour arrêter. Dans ce contexte, les substituts nicotiniques ont été évoqués comme des outils essentiels de réduction de la dépendance, à condition d’être accessibles et intégrés aux politiques publiques de santé.
La professeure Bouaoud a, à ce titre, rappelé une donnée significative : si l’Algérie dispose officiellement de 53 centres d’aide au sevrage tabagique, seuls trois fonctionnent réellement aujourd’hui. Un écart qui illustre le décalage entre les stratégies annoncées et leur mise en œuvre effective.
En Libye, le docteur Mesrati a dressé un constat encore plus complexe, marqué par la faiblesse des campagnes de sensibilisation, la persistance de la publicité sur les points de vente et des contraintes sécuritaires qui limitent l’action sanitaire. Malgré cela, il a souligné un levier d’espoir majeur : entre 63 % et 75 % des fumeurs interrogés déclarent vouloir arrêter, révélant un potentiel de sevrage encore largement sous-exploité.
En clôture des échanges, les experts ont convergé vers une même conclusion : la nécessité d’une stratégie régionale harmonisée entre la Tunisie, l’Algérie et la Libye, combinant fiscalité coordonnée, renforcement des structures de sevrage, prévention ciblée sur les jeunes et adaptation des politiques aux nouveaux environnements numériques.
Dans ce cadre, Med.TN a été présentée non seulement comme organisateur de la rencontre, mais comme une plateforme de mise en dialogue scientifique régional, capable de structurer des échanges entre disciplines et pays, et de faire émerger une approche commune face à un enjeu sanitaire partagé.
Comme l’a résumé le docteur Dhaker Lhidheb, « nous faisons face aux mêmes maladies, aux mêmes comportements et aux mêmes addictions. C’est donc la cohérence de notre réponse collective qui déterminera son efficacité. »
Dès l’ouverture des débats, les chiffres ont rappelé l’ampleur du phénomène. À l’échelle mondiale, le tabac est responsable d’environ huit millions de décès par an, parmi plus de 1,3 milliard de fumeurs, dont près de 80 % dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. Au Maghreb, les experts alertent sur une tendance particulièrement préoccupante : une initiation de plus en plus précoce, parfois avant l’âge de dix ans, et une banalisation sociale encore fortement ancrée.
En Algérie, la professeure Souad Bouaoud, épidémiologiste hospitalo-universitaire, a rappelé que près de 25 % des élèves âgés de 11 à 19 ans consomment du tabac, avec une prévalence qui atteint environ 9 % dans l’enseignement supérieur. Elle souligne également une réalité souvent sous-estimée : la consommation chez les professionnels de santé, estimée autour de 18 %, révélant la profondeur de l’addiction au sein même des systèmes de soins.
Dans ce contexte, la question des leviers de régulation économique a occupé une place centrale. Le docteur Dhaker Lhidheb, cardiologue et ancien professeur à la faculté de médecine de Tunis, a insisté sur l’efficacité démontrée de la fiscalité comme outil de réduction de la consommation, tout en soulignant ses limites lorsqu’elle est appliquée de manière isolée. « L’augmentation du prix du tabac est l’un des leviers les plus efficaces, mais son impact est rapidement neutralisé lorsque les politiques ne sont pas harmonisées entre les pays », a-t-il rappelé, en référence aux écarts de taxation entre la Tunisie, l’Algérie et la Libye, qui alimentent des phénomènes de contrebande régionale.
Pour la professeure Bouaoud, l’enjeu dépasse toutefois la seule logique fiscale. Elle rappelle qu’un investissement dans la prévention produit un effet multiplicateur considérable : « Un dollar investi dans la prévention permet d’économiser jusqu’à cent dollars dans la prise en charge des maladies cardiovasculaires et respiratoires. » Un constat qui replace la lutte antitabac au cœur des arbitrages économiques des politiques publiques.
Au-delà des outils classiques de prévention, une partie des échanges a porté sur les trajectoires internationales et les enseignements qu’elles peuvent offrir, sans pour autant être transposées mécaniquement. La Suède a ainsi été citée comme exemple d’une baisse significative du tabagisme allant à un taux de -5%, reposant sur une combinaison de politiques strictes, de prévention et d’accès à des alternatives nicotiniques tels que les sachets de nicotine. Le Japon, de son côté, illustre une mutation progressive des comportements vers des produits sans combustion comme le tabac chauffé introduit au pays depuis 2014 et accompagnant une transformation sociale plus qu’une rupture brutale. Le Royaume-Uni a été évoqué comme un cas d’intégration assumée de la réduction des risques dans sa stratégie de santé publique. En effet le pays, utilise la cigarette électronique comme un outil de sevrage encadré tout en interdisant son accès aux jeunes et allant jusqu’à imposer une mesure d’interdiction de vente aux personnes nées après 2008. Dans ce contexte et répondant à une question d’une journaliste, Dhaker Lahidheb a déclaré « : Le vapotage (cigarette électronique) contient de la nicotine et présente un risque inférieur d’environ 90 % à celui du tabagisme classique. Le patient retrouve une meilleure capacité respiratoire et peut recommencer à marcher. Après une intervention, qu’il s’agisse de la pose d’un stent ou d’une autre procédure cardiaque, je demande au patient de marcher. Lorsqu’il continue à fumer des cigarettes classiques, il lui est difficile de faire un effort physique. En passant à la cigarette électronique, il peut au moins reprendre une activité physique. L’effort physique augmente l’activité, améliore la condition générale et permet de dépenser de l’énergie. Le patient peut monter les escaliers, faire ses courses et accomplir davantage d’activités. Personnellement, je recommande jusqu’à 30 minutes de marche par jour.
Ainsi, le passage du tabagisme classique à la cigarette électronique peut être utile après une opération cardiaque, mais à condition qu’il s’agisse d’une étape transitoire et non pas d’une solution définitive. L’objectif final reste l’arrêt complet du tabac. »
Ces expériences ont alimenté un débat scientifique structurant au sein de la conférence : celui de la distinction entre prévention, sevrage et réduction des risques. Plusieurs experts ont insisté sur la nécessité de ne pas confondre ces approches, tout en reconnaissant leur complémentarité potentielle. Dans les échanges, une idée s’est imposée : si l’objectif prioritaire reste l’arrêt total du tabac, certaines réalités cliniques imposent une approche graduée, notamment pour les fumeurs fortement dépendants.
Le docteur Hassan Mesrati, pneumologue libyen, a toutefois rappelé les limites structurelles des modèles internationaux dans le contexte maghrébin. « Les politiques de santé publique ne peuvent être importées telles quelles. Elles doivent être adaptées aux réalités institutionnelles, économiques et culturelles de chaque pays », a-t-il souligné, évoquant notamment les contraintes liées aux difficultés d’application des réglementations existantes dans son pays.
Cette adaptation est d’autant plus cruciale que l’environnement informationnel et commercial évolue rapidement. Plusieurs intervenants ont alerté sur l’influence croissante des stratégies numériques de l’industrie du tabac, notamment via les réseaux sociaux, où les jeunes publics constituent une cible privilégiée. Une dynamique qui impose, selon les experts, une modernisation urgente des dispositifs de prévention.
Sur le terrain de l’accès aux soins, un autre constat a émergé avec force : la connaissance du risque ne suffit pas à produire un changement de comportement. Plus de 95 % des fumeurs reconnaissent les dangers du tabac, mais une large majorité déclare ne pas disposer de moyens concrets pour arrêter. Dans ce contexte, les substituts nicotiniques ont été évoqués comme des outils essentiels de réduction de la dépendance, à condition d’être accessibles et intégrés aux politiques publiques de santé.
La professeure Bouaoud a, à ce titre, rappelé une donnée significative : si l’Algérie dispose officiellement de 53 centres d’aide au sevrage tabagique, seuls trois fonctionnent réellement aujourd’hui. Un écart qui illustre le décalage entre les stratégies annoncées et leur mise en œuvre effective.
En Libye, le docteur Mesrati a dressé un constat encore plus complexe, marqué par la faiblesse des campagnes de sensibilisation, la persistance de la publicité sur les points de vente et des contraintes sécuritaires qui limitent l’action sanitaire. Malgré cela, il a souligné un levier d’espoir majeur : entre 63 % et 75 % des fumeurs interrogés déclarent vouloir arrêter, révélant un potentiel de sevrage encore largement sous-exploité.
En clôture des échanges, les experts ont convergé vers une même conclusion : la nécessité d’une stratégie régionale harmonisée entre la Tunisie, l’Algérie et la Libye, combinant fiscalité coordonnée, renforcement des structures de sevrage, prévention ciblée sur les jeunes et adaptation des politiques aux nouveaux environnements numériques.
Dans ce cadre, Med.TN a été présentée non seulement comme organisateur de la rencontre, mais comme une plateforme de mise en dialogue scientifique régional, capable de structurer des échanges entre disciplines et pays, et de faire émerger une approche commune face à un enjeu sanitaire partagé.
Comme l’a résumé le docteur Dhaker Lhidheb, « nous faisons face aux mêmes maladies, aux mêmes comportements et aux mêmes addictions. C’est donc la cohérence de notre réponse collective qui déterminera son efficacité. »




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