La montée en flèche de la monnaie matérialise l'échec de la numérisation des paiements dans notre pays.

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Amine BEN GAMRA (*)

Les plus récents indicateurs financiers et monétaires divulgués par la Banque Centrale de Tunisie témoignent d'une augmentation significative de la masse monétaire. La masse monétaire comprenant les billets et les pièces a connu une augmentation de 17.3% sur une période d'un an. Au début d'avril, la quantité de monnaie en circulation a désormais franchi la barre des 28,2 milliards de dinars, il s'agit d'une différence notable comparée aux 24 milliards de dinars relevés à la même période l'année dernière.


Ce phénomène n'est pas mystérieux en soi, mais c'est sans doute la rapidité inédite avec laquelle le volume des billets en circulation augmente dans l'économie qui pose problème.




En effet, l'accroissement de la masse monétaire en circulation dans l'économie est largement associé à la refonte radicale des chèques, ainsi qu'à l'expansion grandissante de l'économie informelle qui engloutit une partie conséquente de la liquidité.

Le secteur informel représente, aujourd’hui, plus de 50% du PIB, privant ainsi le gouvernement de recettes fiscales indispensables. Il est essentiel de nettoyer l'énorme quantité d'argent informel qui se lave autour de la Tunisie pour relancer l'économie

Il est vrai que les Tunisiens ont encore un long chemin à parcourir avant de rejoindre les peuples qui s’apprêtent à dire bye-bye à l’argent liquide. Cependant, la BCT, qui a entrepris ces dernières années un ambitieux programme de modernisation de l'infrastructure nationale des paiements dans le cadre de sa stratégie de décashing et qui a toujours mis en avant la croissance explosive des paiements électroniques, est confrontée au paradoxe d'une augmentation spectaculaire du volume des billets et de la monnaie en circulation dans l'économie tunisienne.

On peut dire que l'État s'efforce de corriger ces insuffisances grâce à la loi sur la lutte contre l'exclusion financière qui est en attente d'entrée en vigueur. Il est indéniable que cette exclusion d'une grande portion de la population sert les intérêts de certains groupes qui cherchent à freiner l'inclusion monétaire structurée et contemporaine.
Il est essentiel de nettoyer l'énorme quantité d'argent informel qui se lave autour de la Tunisie pour relancer l'économie et affaiblir les réseaux criminels qui ont prospéré après l'effondrement de l'autorité de l'État. La propagation des activités de type mafieux est une menace croissante en Tunisie et les tentatives des hauts fonctionnaires de confondre les manifestations authentiques et les activités criminelles sont fallacieuses. La Tunisie doit maîtriser le secteur informel et veiller à ce que l'État ne perde pas environ la moitié des prélèvements qui lui sont dus par ses citoyens.

Il est donc indispensable que l'État intensifie sa participation dans la lutte contre cette exclusion en favorisant les transactions sans espèces, afin de rattraper le retard de la Tunisie par rapport à la progression rapide du dématérialisation monétaire à l'échelle mondiale.


Amine BEN GAMRA
Expert Comptable
Commissaire Aux Comptes
Membre de l'Ordre des Experts Comptable de Tunisie

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